Nouvelles des Pères de St Jacques

Publié le par FranceHaïti

1er   FEVRIER
 
Je reprends le rythme des relations quotidiennes. On me dit qu'on les attend.
Pendant quelques jours, le Père Ménard a pris le relais, vous livrant les impressions de quelqu'un qui découvre une situation inimaginable et en même temps de quelqu'un qui rejoint un pays, un peuple et  des personnes qu'il connait depuis si longtemps, de quelqu'un qui prend le choc et qui relève le défi avec ceux qu'il a trouvés à la peine et à l'ouvrage. Depuis son arrivée, il a mutiplié les visites et les contacts, il a participé à l'ordination de Jean-Anel et d'Onac à Hinche samedi soir. Aujourd'hui, il est à Jacmel.  Il vous en parle dans le message qu’il enverra cette nuit. Il lui reste deux jours avant de retourner en France  pour rendre compte et témoignage.
 
Le Père Abbé Jean-Michel de Landévennec qui était en visite au Morne Saint-Benoît a pris ce midi un "vol d'évacuation". Ses frères continuent à donner asile pour cette semaine encore aux enfants de la Caritas de St Antoine pour lesquels  il va falloir trouver une solution plus durable.
 
L'internet a cessé de fonctionner pendant deux jours. C'est maintenant rétabli.
Les boss avec qui nous travaillons habituellement rétablissent un peu d'électricité et d'eau. Il y a en permanence, en plus du personnel qui est resté fidèle, une quinzaine de jeunes dans la maison et quand ils pourront prendre une douche après une journée passée à transporter des colis de nourriture, des archives, à déblayer des gravats, ce sera pour eux un plaisir mérité. 
 
Une bonne nouvelle : la quasi-totalité des Archives de l’Archevêché a été sauvée. Elles sont à l’abri chez nous avant d’être relogées dans les locaux e la Conférence épiscopale à Lilavois ?
 
L'électricité n'est pas rétablie dans le quartier, mais c’est fait au Champ de Mars et on rétablit les lignes sur plusieurs rues. Ici on se débrouille pour charger nos batteries avec notre petit delco, ce qui permet d’alimenter l’ordinateur … et bien sûr les grappes de portables qui permettent de communiquer, ce qui est très important.
 
Tout le monde, ou presque,  continue à dormir dehors. Dormir sous le béton…. on hésite . La pluie se fait toujours menaçante  dans la soirée mais on dirait qu’elle a scrupule à ajouter à nos problèmes. Pourvu que çà dure. . On attend une livraison de tentes  « familiales » envoyées par Ouest-France, environ 300  dont 75 pour le secteur que nous  desservons et une plus grande de 18 m2.
Une association de médecins-chirurgiens  de Metz , « Médilor »,  qui a fait un bon travail à l’Asile français, nous laissera en partant une grande tente qui sera dressée sur le terrain de basket. Après plus de 15 jours de « clinique » sur les « camps » de St-Antoine, Anne Morvan et son équipe de jeunes infirmières vont établir ici un Centre de soins où l’on  pourra assurer un meilleur suivi des malades et blessés.
 
Parlant de blessés, samedi après-midi, en allant à Hinche, nous nous sommes arrêtés à l’hopital de Cange pour rendre visite au séminariste de 4ème année de Théologie,  BELL amputé du bras droit  au dessus du coude et BRICE de 2ème année amputé de la jambe au dessus du genou. Je n’oublierai jamais leur sourire. Un mot m’est venu à l’esprit : « l’extase de la vie ». Deux jeunes hommes qui mesurent bien le handicap qui les affectent ont fait le passage à une réalité nouvelle,  une vie qui leur arrive comme un cadeau, une vie à inventer d’un pied et d’une main. La vie quand même…. Ils étaient 4 sous la dalle. Eux deux sont sortis… Les autres sont restés sous le béton.
 
Nous avons été remplis d’admiration pour le personnel de cet hôpital anglican qui traitent des blessés jusque dans la grande chapelle. Calme, netteté, efficacité, délicatesse de l’accueil…
 
Adoni est mort là-bas. Rien n’aurait pu le sauver. Dimanche matin, nous avons été rendre visite à sa famille adoptive, en ville de Hinche et l’oncle nous a conduit au cimetière…Un accueil impressionnant de simplicité et de sérénité ; Reste sur le mur, le beau crucifix ancien  que j’avais donné à Adoni pour sa famille. L’oncle a tenu à nous trouver en ville les quelques sacs de ciment  dont nous avons besoin pour commencer quelques petits travaux d’urgence.
 
L’après-midi du dimanche a été occupée par une réunion du conseil qui sera suivie d’une autre mercredi avant le départ du Supérieur général. Il faut sans plus tarder – et sans attentdre que les banques libèrent l’argent- essayer de nous organiser pour l’après-séisme . Pas une mince affaire….Au début de cette semaine, ce sera d’abord de ranger, déblayer, nettoyer et améliorer le cadre de vie toujours sous les étoiles… et se reposer un peu. Ce matin, je ne me suis pas réveillé…N’est-ce pas formidable !
 
Mais pas question de grasse matinée pour demain. Nous célébrerons la Chandeleur  sans crêpes mais avec cierges et procession.
Avec l’image de Notre-Dame du Perpétuel-Secours qui dans l’Eglise d’Orient, d’où elle vient, est « l’Icône de la Terrible Vision ». C’est Marie qui écoute la prophétie de Siméon annonçant « les évènements qui transperceront son cœur » : la Croix et la lance, la couronne  d’épines et le vase de fiel effraient l’Enfant qui  ressemble tellement à  Haïti. Il en perd sa sandale et s’agrippe à la main de sa Mère. Marie regarde plus loin, au-delà de la Terrible Vision. De tout temps et aujourd’hui plus que jamais, cette Icône est pour moi l’image où Haïti reconnaît sa Mère et où Dieu reconnaît son Peuple.
 
Limyè Jezi Kri klere nou
Limyè Jezi Kri sove nou

Publié dans Témoignages

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